Notre organisme possède des capacités de compensation extraordinaires.
Pendant des mois, voire des années, il réussit à masquer des déséquilibres nutritionnels grâce à des ajustements internes : modulation enzymatique, mobilisation des réserves, priorisation de certaines fonctions vitales…
Mais cette force a deux revers. Le premier, c'est de donner l'illusion que les micronutriments ne sont finalement pas si importants que cela et qu'on peut manger n'importe quoi sans conséquences réelles.
Et le deuxième, c'est que quand les symptômes finissent par apparaître, c’est souvent que la digue a cédé : les mécanismes de compensation sont dépassés. On se retrouve déjà dans une logique curative et non plus préventive.
- Et ce qui complique encore les choses ce sont la manière dont les symptômes apparaissent.
Les premiers signes d’un déficit sont souvent diffus : fatigue persistante, troubles du sommeil, baisse de concentration, digestion capricieuse… Rien de spectaculaire, des signaux juste révélateurs d’un déséquilibre sous-jacent. - À l’inverse, un symptôme qui semble pointer vers un déficit précis peut en réalité masquer d’autres manques, du fait d'un phénomène de cascade. Par exemple, un déficit en magnésium peut perturber l’activation de la vitamine D, et ainsi retentir sur le métabolisme du calcium.
Par conséquent, les bilans biologiques et l’analyse des symptômes, bien qu’utiles quand ils sont utilisés à bon escient, trouvent souvent leurs limites : ils ne révèlent les déficits qu’une fois la compensation débordée.
La véritable porte d’entrée d’un bilan en micronutrition quand on veut faire de la prévention reste donc l’étude de l’alimentation réelle. Car avant même l’apparition des symptômes ou des anomalies biologiques, l’assiette nous renseigne sur la qualité des apports, la diversité, et le risque de déséquilibre.
Je ne parle pas là, bien entendu, d'un survol rapide de l'assiette qui ne tiendrait pas compte des quantités et des aliments spécifiques réellement ingérés. Je parle d'une analyse de fond qui permet de pointer non seulement les déséquilibres énergétiques mais surtout les déséquilibres macro et micronutritionnels.
La micronutrition n’a pas pour vocation d’attendre l’épuisement de l'organisme, mais bien d’agir en amont, pour préserver la santé des patients, à des tarifs cohérents, avant que les signaux d’alerte ne deviennent trop bruyants et que les pathologies ne s'installent.