La micronutrition est une approche de la nutrition qui s’intéresse au rôle fonctionnel des micronutriments — vitamines, minéraux, oligo-éléments et cofacteurs — dans le fonctionnement de l’organisme.
Elle ne peut en aucun cas être dissociée de la macronutrition, c’est-à-dire des protéines, des lipides et des glucides.
Les macronutriments fournissent l’énergie et les matériaux de base de l’organisme. On peut les comparer au pétrole et aux matériaux de construction.
Les micronutriments, eux, sont les outils indispensables à l’utilisation de cette énergie et à la transformation de cette matière. On peut les comparer aux marteaux, tracteurs, ciment : sans eux, rien ne fonctionne correctement.
Macronutrition et micronutrition : une seule réalité biologique
Cette distinction est essentielle pour comprendre le fonctionnement du corps humain. À chaque instant, l’organisme est le siège de milliards de réactions biochimiques. Ces réactions permettent de produire de l’énergie, de réparer les tissus, de synthétiser des molécules, de réguler l’immunité ou encore de s’adapter aux contraintes de l’environnement.
Aucune de ces réactions ne peut avoir lieu sans micronutriments. Les vitamines, les minéraux et les oligo-éléments agissent comme des cofacteurs enzymatiques indispensables, sortes de clefs de contact sans lesquelles aucune réaction n’a lieu.
Sans eux, l’énergie apportée par l’alimentation ne peut être correctement utilisée, les matériaux ne peuvent être transformés, et les mécanismes d’adaptation finissent par se dérégler.
Un point fondamental est souvent négligé : ces micronutriments ne sont pas produits spontanément par l’organisme. Lorsqu’un micronutriment est absent des apports alimentaires, il n’existe pas en soi. Il doit obligatoirement être fourni par l’alimentation.
À quoi sert réellement la micronutrition ?
La micronutrition permet une lecture fonctionnelle de l’alimentation. Elle ne se contente pas de quantifier les apports énergétiques, mais cherche à comprendre si l’alimentation permet réellement au corps de fonctionner de manière optimale.
Elle s’intéresse notamment :
- à la qualité des apports alimentaires,
- à la diversité réelle des aliments consommés et aux compensations mises en place quand il y a exclusion
- aux déficits engendrés par des défauts d'alimentation
- à la capacité de digestion et d’absorption,
- aux interactions entre nutriments,
- aux mécanismes de compensation de l’organisme et aux symptômes.
Les différentes approches de la micronutrition
Plusieurs visions coexistent aujourd’hui autour de la micronutrition.
- Certains estiment qu’il n’existe pas de problèmes micronutritionnels majeurs dans les pays développés, au motif que l’accès à l’alimentation est large et que les besoins seraient, par principe, couverts. Cette approche repose sur une vision théorique de l’alimentation, supposée variée et équilibrée, mais qui tient peu compte des pratiques alimentaires réelles.
- D’autres considèrent que les besoins sont avant tout individuels. Selon cette approche, l’observation des symptômes et la réalisation de bilans permettraient, en tenant compte des spécificités génétiques, de l’absorption intestinale, de l’environnement ou du mode de vie, de proposer une complémentation destinée à optimiser le fonctionnement de l’organisme. Cette vision introduit la notion d’individualité, mais elle intervient le plus souvent lorsque les déséquilibres sont déjà installés. De plus, toute optimisation suppose au préalable que les fondations soient présentes. Or, si l’alimentation est déséquilibrée, on ne parle plus d’optimisation mais de correction, voire d'équilibrage fondamental.
- Cette approche considère également que le micronutriment apporté sous forme de complément serait équivalent, voire parfois supérieur, à celui contenu dans l’aliment, ce qui est la source
La position de l’IFSNM
À l’IFSNM, nous défendons une position différente. Nous considérons que si l’accès à une alimentation capable de couvrir l’ensemble des besoins nutritionnels est théoriquement possible, cet état de fait est de moins en moins réel dans la pratique.
La problématique n’est pas uniquement liée à la perte de micronutriments dans les aliments ou aux particularités individuelles. Elle est avant tout systémique. Elle est liée à la manière dont les choix alimentaires sont aujourd’hui construits, transmis et reproduits collectivement.
Alimentation moderne et déficits micronutritionnels
L’alimentation contemporaine est largement guidée par le plaisir, le choix individuel, par des représentations culturelles ou idéologiques, et par une abondance d’informations nutritionnelles souvent erronées ou simplifiées à l’extrême. La méconnaissance des besoins nutritionnels de base conduit fréquemment à des exclusions alimentaires injustifiées.
Ces exclusions concernent parfois des catégories entières d’aliments, de manière souvent inconsciente et collective. À titre d’exemple, les abats ou les légumineuses sont aujourd’hui très fréquemment absents des alimentations courantes, alors même qu’ils constituent des sources majeures de micronutriments.
À long terme, ces pratiques installent des déficits chroniques, souvent relativement silencieux malgré des dysfonctionnement de l'organisme. On est moins performant mais on ne le sait pas.
Pourquoi les symptômes apparaissent tardivement
Le corps humain est doté d’une grande capacité d’adaptation. Il compense longtemps les déséquilibres nutritionnels, réorganise ses priorités et maintient ses fonctions vitales.
Les symptômes apparaissent donc tardivement, de manière diffuse et non spécifique. Cette latence rend leur origine nutritionnelle difficile à identifier, et conduit fréquemment à intervenir trop tardivement.
L’anamnèse alimentaire : la base de toute démarche micronutritionnelle
Dans une approche micronutritionnelle rigoureuse, la première étape ne consiste pas à analyser les symptômes ou à prescrire des compléments. Elle repose sur la réalisation d’une anamnèse alimentaire adaptée.
Cette démarche suppose une connaissance précise des aliments, de leur composition réelle, mais aussi des quantités effectivement consommées et des grammages habituellement observés dans la pratique quotidienne.
S’appuyer sur des connaissances approximatives conduit souvent à des raisonnements erronés. Dire qu’un aliment est « riche » en un nutriment ne signifie pas nécessairement qu’il permet de couvrir un besoin dans des conditions réalistes de consommation.
Le persil, par exemple, contient bien de la vitamine C, mais il faudrait en consommer plusieurs bottes par jour pour couvrir les besoins. De la même manière, la levure de bière contient des protéines, mais elle ne saurait constituer une source protéique pertinente sans en avaler quotidiennement un paquet, voire davantage.
Pourquoi la micronutrition est une approche fondamentale
Pour nous, l’approche micronutritionnelle est fondamentale. Aucun organisme ne peut fonctionner correctement sans des apports cohérents en macronutriments et en micronutriments.
Mais cette approche passe obligatoirement, et bien avant les bilans biologiques ou l’analyse des symptômes, par une anamnèse alimentaire rigoureuse. Celle-ci nécessite de maîtriser à la fois la biochimie, la physiologie et la connaissance concrète des aliments.
C’est à cette condition que la micronutrition retrouve son sens : non comme une réponse tardive, mais comme une compréhension fonctionnelle, préventive, réaliste et scientifique de l’alimentation.
