Le déficit énergétique : la clé scientifique de la perte de poids.
Le politiquement correct et la crainte de la culpabilisation finissent par amener les praticiens à occulter une réalité fondamentale. On peut rappeler, à juste titre, que les mécanismes qui conduisent à la prise de poids sont multiples, complexes et largement influencés par l’environnement.
Cependant, la perte de poids, quelle que soit la manière dont on l’aborde, nécessite un déficit énergétique. Cela implique,
- soit une diminution des apports énergétiques,
- soit une augmentation des dépenses,
- soit dans la majorité des cas, une combinaison des deux pour que la démarche soit soutenable dans le temps.
À force d’éviter les mots qui dérangent ou qui sont jugés inconfortables à entendre, on glisse progressivement vers une forme d’absurde.
Les patients finissent par réclamer des pertes de poids sans modification fondamentale de leur mode de vie.
Ils supposent
- qu’ajouter quelques légumes à leur alimentation,
- ou trente minutes de marche sur un tapis une fois par semaine,
suffirait à régler un problème installé depuis des années.
Cette illusion n’est pas bienveillante. Elle est trompeuse.
Déculpabiliser est indispensable. Mais ne plus nommer les mécanismes réels, c’est priver les patients de compréhension, donc de leviers d’action. Expliquer clairement la réalité énergétique du poids corporel n’est pas une violence. C’est, au contraire, une condition nécessaire pour sortir des fausses promesses et construire une perte de poids réaliste, durable et respectueuse du corps.
Il est important de ne pas perdre de vue une réalité physiologique incontournable quelle que soit la manière dont on l’aborde:
perte de poids = apports énergétiques < besoins énergétiques.
Ce principe n’est ni idéologique ni culturel. Il est physique. La manière de créer ce déficit peut varier selon les individus, être progressive, personnalisée et respectueuse du contexte de vie. Mais son existence reste incontournable.
Un rééquilibrage alimentaire qui ne conduit pas à un déficit énergétique ne peut pas permettre une perte de poids, même s’il améliore la qualité nutritionnelle globale.
Effet yoyo et métabolisme : pourquoi la restriction sévère échoue
Si le déficit énergétique est indispensable, il ne doit pas être excessif. Une perte de poids trop rapide expose à un cercle vicieux bien documenté.
La restriction sévère entraîne
- une perte de masse maigre, donc une diminution des besoins énergétiques.
- Elle favorise également des déficits micronutritionnels,
- une fatigue persistante,
- une baisse de l’activité spontanée,
- une adaptation métabolique défavorable,
- des rebonds hyperphagiques ( augmentation marquée de l’appétit).
Le résultat est souvent prévisible : une reprise de poids, fréquemment accompagnée d’un surplus, communément appelé effet yoyo.
Pourquoi grossit-on ? La réalité du surplus calorique chronique
Dans la grande majorité des cas, la prise de poids ne s’explique
- ni par une pathologie
- ni par un trouble du comportement alimentaire.
Elle résulte d’un excès chronique d'apport de calories, faible mais durable, le plus souvent non perçu et non intentionnel. On prend généralement du poids non parce que l’on mange énormément, mais parce que l’on mange légèrement trop par rapport à ce que l’on dépense, et ce pendant longtemps.
Quelques dizaines à quelques centaines de kilocalories par jour, accumulées sur des mois ou des années, suffisent à augmenter progressivement la masse grasse.
Cet excès calorique est rarement conscient.
Il peut provenir
- d’une alimentation plus dense en énergie,
- de portions qui augmentent légèrement
- , de grignotages répétés
- ou de boissons caloriques peu identifiées comme telles.
Rien de spectaculaire, rien d’excessif en apparence, et souvent aucune sensation de « trop manger ». C’est précisément ce caractère discret qui rend la prise de poids difficile à comprendre.
Baisse du métabolisme et sédentarité : pourquoi nous dépensons moins d'énergie
À cette augmentation souvent imperceptible des apports s’ajoute un facteur tout aussi déterminant : la diminution des dépenses énergétiques.
Avec l’âge et l’évolution du mode de vie, l’activité physique quotidienne tend à baisser.
- On marche moins,
- on reste plus longtemps assis,
- on ne porte plus les enfants,
- on achète une tondeuse ou un aspirateur robot,
- on fait ses courses au drive.
Certaines tâches autrefois actives sont automatisées, les gestes spontanés du quotidien se raréfient. Cette baisse de l’activité non sportive peut représenter plusieurs dizaines à plusieurs centaines de kilocalories par jour, sans être ressentie comme un changement majeur.
Parallèlement, la masse maigre, et en particulier la masse musculaire, diminue progressivement
- avec la sédentarité,
- l’avancée en âge ou
- certaines périodes de vie comme la ménopause
- ou l’arrêt d’une activité sportive.
Or, le muscle est un tissu métaboliquement actif. Sa perte entraîne une diminution des besoins énergétiques. Ainsi, manger « comme avant » peut progressivement devenir excessif, non parce que l’alimentation a changé, mais parce que le métabolisme dépense moins.
Prise de poids : l'influence de l'environnement alimentaire moderne
L’environnement alimentaire moderne joue aussi un rôle majeur dans la prise de poids. Les aliments sont
- plus accessibles,
- plus transformés,
- plus denses en énergie
- et plus stimulants sur le plan sensoriel.
Cet environnement favorise la surconsommation et perturbe les signaux de faim et de satiété.
Il ne s’agit pas d’un manque de volonté, mais d’une réponse biologique normale à des stimuli puissants, dans un contexte où l’offre alimentaire a évolué bien plus vite que notre physiologie.
Facteurs aggravants fréquents sans être des causes uniques
- Le manque de sommeil,
- le stress chronique,
- la fatigue mentale,
- la consommation régulière d’alcool
- ou des horaires irréguliers i
Tous ces éléments influencent l’appétit, les choix alimentaires et le niveau d’activité physique. Ils ne créent pas la prise de poids à eux seuls, mais ils facilitent l’installation et la persistance d’un excès énergétique.
Pathologies et prise de poids : des situations réelles mais minoritaires
Il existe des pathologies et des traitements médicamenteux susceptibles de favoriser la prise de poids.
Ils doivent être identifiés et pris en charge médicalement. Toutefois, ils ne représentent pas la majorité des situations observées en population générale. Chez la plupart des personnes en bonne santé, la prise de poids repose principalement sur des mécanismes comportementaux et environnementaux.
Manger équilibré ne suffit pas pour perdre du poids.
La perte de poids obéit à des lois biologiques simples.
Améliorer la qualité nutritionnelle ne suffit pas :
- il faut aussi orienter l’alimentation vers des aliments à plus faible densité énergétique
- et ajuster les portions.
Déculpabiliser est nécessaire, mais passer sous silence ces fondamentaux n’aide pas les patients à agir.
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