Mêmes apports : statuts nutritionnels différents
On voit souvent passer ces chiffres : 11 mg de Zinc, 1,5 mg de Vitamine B6, 110 mg de Vitamine C, 400 mg de magnésium.
Ils sont souvent perçus en micronutrition comme des objectifs "totems", des cibles à atteindre pour être en bonne santé.
Comment sont fixés les repères de l'ANSES
Pourtant, il y a un angle mort majeur dans cette lecture quantitative. Le secret de fabrication des recommandations.
Les repères de l'ANSES ne correspondent pas à des besoins physiologiques bruts.
Ce sont des apports recommandés à ingérer, calculés selon une formule simple mais lourde de conséquences :
Apport recommandé = Besoin absorbé / Coefficient de biodisponibilité moyenne
En clair : l'organisme a besoin d'une quantité X pour fonctionner, mais comme nous ne sommes pas des machines au rendement de 100 %, l’Anses applique un "malus" d'absorption pour définir ce que vous devez mettre dans votre assiette.
L'hypothèse du "Régime Moyen"
Ces chiffres reposent sur un modèle théorique invisible. Pour l'ANSES, vous êtes supposé consommer :
- Une alimentation omnivore (mixte).
- Des protéines animales régulières.
- Un niveau modéré d'inhibiteurs (comme les phytates).
Le décalage avec la réalité du terrain
Dès que l'on sort de ce modèle "moyen", la mathématique s'effondre. Prenons l'exemple du Zinc :
- Profil Omnivore : L'absorption est d'environ 30 %. Les 11 mg recommandés suffisent à couvrir les besoins.
- Profil Végétarien : Avec la hausse des phytates (légumineuses, céréales complètes) et l'absence de sources animales, l'absorption peut chuter à 15 % si des précautions alimentaires ne sont pas prises.
- Résultat : À apport égal (8 ou 11 mg), deux personnes peuvent avoir un statut biologique totalement opposé.
L'un est couvert, l'autre est en déficit potentiel.
Ce que cela change pour nous, professionnels de santé
Le raisonnement purement quantitatif est insuffisant. Un patient peut cocher toutes les cases de ses apports théoriques et pourtant manquer de ressources. Le rôle du praticien n'est pas seulement de vérifier "combien", mais de vérifier "comment" :
- Améliorer la biodisponibilité : Maîtriser les techniques de préparation (trempage, fermentation) pour lever les freins à l'absorption.
- Personnaliser l'apport : Ajuster les curseurs à la hausse si le modèle alimentaire s'éloigne du standard omnivore.
- Analyser la structure : Vérifier si les associations alimentaires permettent réellement d'atteindre ce que les chiffres supposent.
L'analyse des classes alimentaires, un préalable non négociable
Les repères de l'ANSES sont des outils solides — mais ce sont des boussoles, pas des destinations. Et une boussole ne sert à rien si on ignore le terrain.
Ce terrain, c'est la structure réelle de l'alimentation du patient : quelles classes d'aliments sont présentes, lesquelles sont absentes ou insuffisantes.
Car l'absence de certaines classes modifie profondément la biodisponibilité de micronutriments clés et doit conduire à revoir parfois les modes de préparation des aliments et pousse les besoins à la hausse, parfois significativement.
C'est pourquoi l'anamnèse alimentaire doit identifier les classes et les sous classes présentes et absentes, et en tirer les conséquences micronutritionnelles.
Quantifier sans qualifier, c'est naviguer à l'aveugle.
Et vous, dans votre pratique, avez-vous remarqué ces écarts entre les apports théoriques et les bilans biologiques de vos clients ?
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